À Angers, Sachiko Morita cultive un jardin de ville et un potager. Les espèces odorantes telles le chèvrefeuille, le daphné ou le jasmin ornent la façade de sa maison tandis que les variétés potagères mènent à son atelier.

Ouvert sur le jardin, cet espace d’expérimentation et de photographie est devenu peu à peu un lieu d’observation et de conservation singulier. Sa vocation artistique vient y rencontrer celle des travaux botaniques figuratifs réalisés sur planche, en aquarelle ou en gravure et employés pour constituer répertoires et inventaires avant que la photographie ne vienne compléter ce panel d’expressions également scientifiques.

L’ artiste a élaboré un procédé photographique qui implique un travail au pinceau sur le papier aquarelle Fabriano 300g qu’elle adopté le pour sa robustesse et sa fibre organique. Son aspect satiné donne également un velouté particulier à ses tirages, lequel évoque la texture des objets et des végétaux qu’elle photographie.

Chaque tirage est unique, puisqu’il résulte du geste qui dans un premier temps consiste à enduire la feuille d’une émulsion photosensible. Les fonds noirs gardent ainsi la trace des coups de pinceau, tandis que les fonds blancs sont retravaillés pour dégager le motif et redéfinir l’ombre au moyen d’un pinceau fin. En cela Sachiko Morita appartient à cette nouvelle génération d’artistes qui se détournent des technologies digitales pour mieux réinventer la photographie.*

Le hasard de ses plantations successives l’amène en toute saison à pouvoir observer au moins une plante en floraison. Son herbier ne cesse ainsi de s’enrichir, mêlant plantes sauvages et cultivées, humbles et nobles, qu’elle récolte ou qu’on lui donne. Une émotion ressentie face à une trouvaille botanique suscite le passage à l’acte photographique. Ainsi la rhubarbe photographiée en fleur la saison dernière, retrouve sa place sous l’objectif une fois montée en graine; le gland du chêne revient sous forme de cupule… Les fruits succèdent aux fleurs, qui rejoignent les graines.

* cf. « Light, Paper, Process: Reinventing Photography » • The J. Paul Getty Museum • avril-juillet 2015

Sachiko Morita